Mardi 2 août 2017 — Deux voyages, avec momos (version française)

Pas grande chose a été pub­liée sur ce site au cours de la dernière année. Peu après mon retour d’un voy­age en France, une série d’événements a com­mencé à mod­i­fier mes cir­con­stances per­son­nelles, en com­mençant par la mort de ma mère. De nou­velles respon­s­abil­ités per­son­nelles appa­rais­sent et des change­ments de plan. Pen­dant un cer­tain temps, je ne suis pas d’humeur pour les com­mu­ni­ca­tions per­son­nelles. Mais alors que je n’ai pas eu beau­coup de temps à écrire mon blog, j’ai été en train de faire des recherches et d’écrire beau­coup. Main­tenant, je com­mence une nou­velle phase, parce que j’ai aban­donné les emplois rémunérés et j’espère sur­vivre entière­ment en écrivant. Cela sig­ni­fierait des sac­ri­fices — vivre fru­gale­ment l’un d’entre eux. Mais il y a des avan­tages. Pen­dant des années, main­tenant, je pou­vais rarement me livrer à l’un de mes plus grands plaisirs, en marchant dans les ravins et dans les coins loin­taux de ma ville. Je n’avais tout sim­ple­ment pas le temps libre, et un tra­vail à l’extérieur qui me tenait debout dix heures tous les jours me lais­sait trop fatigué pour le faire. Mais main­tenant, je serai assis à un ordi­na­teur pen­dant la plu­part du temps, et faire de la ran­don­née sera néces­saire pour écarter le péril clas­sique des écrivains: le sur­poids. Donc, je ne marche plus pour gag­ner ma vie, mais je suis libre de marcher pour le plaisir.

A l’aide de ce tra­vail payé précé­dent, j’ai eu un laissez-passer men­suel pour l’autobus et le métro, et il est resté valide jusqu’au pre­mier août. Pour ne pas per­dre, je l’utilisais le dimanche et le lundi, pour aller dans deux quartiers éloignées de la ville pour faire des prom­e­nades. Le dimanche, je suis allé au sta­tion de métro Old Mill [«vieux moulin»], afin que je puisse marcher le long de la riv­ière Hum­ber. La rue Bloor et les trains de métro ici tra­versent la Hum­ber, riv­ière qui sépare la vieille ville de Toronto de la ban­lieue d’Etobicoke [1]. Mais à quelques pas de là, il y a un pont plus ancien, con­struit en 1916 et très char­mant. Ce fut le point de croise­ment pour la riv­ière pour plusieurs siè­cles. A cette place se trou­vait la ville du 17ème siè­cle des Indi­ens Séné­cas ou Tson­non­touans, appelée Teia­iagon, à son apogée d’environ 5 000 habi­tants dans ses «longues maisons». C’était un impor­tant cen­tre com­mer­cial le long du sen­tier qui a rejoint le lac Ontario avec les ter­res des Huron au nord et les Grands Lacs supérieurs. Mais la ville de Teia­iagon était l’apothéose d’une his­toire très longue, car il y avait des gens qui vivaient le long du Hum­ber il y a douze mille ans. Les his­to­riens locaux étaient bien occupés, et main­tenant il y a des plaques séman­tiques en anglais, français et sénèque indi­quant ceci et cela. Parmi ceux-ci, celui qui com­mé­more Éti­enne Brûlé, dont le nom a été donné aux parcs situés le long du fleuve au nord de Bloor. Cela m’a donné un grand plaisir, parce qu’il est l’un de mes per­son­nages préférés de l’histoire du Canada, et l’un de mes chats (main­tenant adopté par deux de mes amis) a été nommé d’après lui. Arrivée au Canada en prove­nance de la France à l’âge de 16 ans, Brûlé a choisi de vivre parmi les autochtones et, après avoir appris les langues Algo­nquin et Wen­dat, a com­mencé une série de voy­ages extra­or­di­naires qui s’étendaient sur qua­tre des cinq Grands Lacs, la plu­part de l’Ontario du Sud, le Michi­gan, l’Ohio et la Penn­syl­vanie. C’est en 1615 que Brûlé est arrivé à cet endroit pré­cis. Aucun autre vis­i­teur enreg­istré jusqu’en 1678: arriva à ce moment-là René-Robert Cave­lier, Sieur de La Salle, le Sieur de La Motte et le Récol­let Louis Hen­nepin. Leur navire fut échoué et coincée dans la glace à l’embouchure de la riv­ière. Ils mar­chaient en amont pour se rav­i­tailler parmi les Séné­cas. Au cours du prochain siè­cle, les Mis­sis­saugas, un tribu du peo­ple Anishi­naabe, ont large­ment implan­tés les Séné­cas, con­stru­isant un autre vil­lage sur la banque opposée, plus près du présent sta­tion de métro. Le com­merce dans la région a prospéré pen­dant la Grande Paix de Mon­tréal, et en 1730, il y avait un «mag­a­sin royal», aussi bien qu’une gar­ni­son française sta­tionné plus en aval et à l’est de la riv­ière à Fort Rouillé. Quelques fran­cais venaient vivre le long de la riv­ière. Mais toutes ces choses ont dis­paru en rai­son de la vio­lence de la Guerre de Sept Ans, et cette par­tie de la riv­ière, dont le nom en langue des Senecas est Niwa’ah Onega’gaih’ih et dans la langue de l’Anishinaabe est Gabekanaang-ziibi, est resté déserté jusqu’à ce que les colons du York­shire soient arrivés et l’ont renommé Hum­ber, après le plus grand fleuve dans cette par­tie du nord de l’Angleterre. Une série de moulins ont été con­stru­its à la tra­ver­sée, dont le dernier, un moulin à grains, a été incendié en 1881 et est resté une ruine de pierre pit­toresque jusqu’à ce que ses murs aient été incor­porés dans un nou­vel hôtel en 2001.

17-08-01 BLOG old bridgeAvec toute cette his­toire à l’esprit, je me dirigeais vers le sud vers les marécages de l’embouchure de la riv­ière, et en quelques min­utes je ne voy­ais aucun bâti­ment. De temps en temps, un canot dériverait. La forêt ici est un reste préservé de la forêt car­olin­i­enne qui a cou­vert ce qui est main­tenant Toronto avant qu’il ne s’agisse de fer­mes, puis de ville. Il y a beau­coup de chênes hauts et anciens ici. Et ceux-ci sont égale­ment liés à l’histoire. Le plus grand groupe d’entre eux, env­i­ron 150 arbres, est connu sous le nom de Tuh­be­nah­nee­quay Ancient Grove, nommé d’après la fille du chef des Mis­sis­saugas, Wah­banosay, qui était le prin­ci­pal négo­ci­a­teur et sig­nataire de l’achat en 1805 des ter­res qui deviendraient la plu­part de Toronto. Tub­nah­nee­quay s’est marié avec Augus­tus Jones, l’arpenteuse prin­ci­pale du Haut-Canada. Jones était un cama­rade de Thayen­da­negea (Joseph Brant) et était avec lui lorsqu’il a mené la migra­tion loy­al­iste des Six Nations Iro­quois de New York au Canada. Tub­nah­nee­quay était une de ses deux co-épouses, car Jones a suivi la cou­tume autochtone. Tub­nah­nee­quay l’a épousé dans une céré­monie wiidi­gendi­win [2], car elle était un tra­di­tion­al­iste stricte, mais l’autre femme de Jones, Sarah Tek­ere­hogen était Mohawk et Méthodiste. L’un des fils de Tub­nah­nee­qay, bien qu’élevé par elle dans la tra­di­tion midewi­win des Mis­sis­sisaugas, dans la vie tar­dive est devenu un célèbre prédi­ca­teur méthodiste, en tournée dans le monde. Le bosquet est nommé d’après elle, car à ce moment-là, les guer­ri­ers Mis­sis­saugas, dirigés par elle et son père, ont pris posi­tion, affir­mant que le can­ton d’Etobicoke, sur le côté ouest de la riv­ière, ne fai­sait pas par­tie de l’achat. Les débats juridiques entourant le traité d’achat de Toronto se sont pour­suivis jusqu’à ce qu’il soit finale­ment résolu en 2010!17-08-01 BLOG Humber River

Non seule­ment les chênes, mais tous les arbres sont splen­dides. La terre devient plus humide lorsque vous marchez vers le sud, jusqu’à ce qu’il s’agisse de marécages larges. Ici, il y a beau­coup d’oiseaux. En très peu de temps, j’ai vu d’innombrables papil­lons monar­ques et des libel­lules, de nom­breux canards et cor­morans, un tern, un écureuil rouge, un rat musqué et une mag­nifique aigrette blanche, per­chée sur un mem­bre avec une dig­nité chevaleresque. Il y a aussi des cas­tors, des renards et même des cerfs, mais je n’en ai vu aucun. Un peu plus près du lac, la rive ouest de l’Humber est blo­quée par une falaise abrupte, et il faut se détourner de la riv­ière pour la dépasser. Ce détour m’a amené dans un quartier rési­den­tiel idyllique, connu sous le nom de Stonegate. Il est en par­tie com­posé de petits immeubles con­stru­its dans les années 1950, tous très bien entretenus, et aussi de belles maisons dans des rues arborées. Stonegate Road pos­sède cer­taines des meilleures maisons que j’ai vues dans la ville, au sens du bon goût plutôt que de la richesse. À la fin de cette rue, des bois denses recom­mençaient, et je suivis un sen­tier ser­pen­tant dans le parc South Hum­ber. Ici, j’ai vu un élé­ment oublié du Mod­ernisme des années 1950, le «Sun­catcher» [«trappeur-solaire»], un pavil­lon étrange inspiré par l’art de la science-fiction de l’époque, sans aucun but iden­ti­fi­able, sauf peut-être pour être le meilleur endroit pour fumer un pétard. Après cela, la den­sité des arbres diminue, une énorme usine de traite­ment de l’eau est apparue à droite et la voie a couru sous le pont Queensway Avenue, puis sous le chemin de fer CNR, puis sous l’autoroute Gar­diner, et finit par ter­miner où la riv­ière Hum­ber se vide Dans la mer intérieure que nous appelons le lac Ontario. Là, un petit pied de ville per­met de tra­verser la riv­ière, per­me­t­tant de quit­ter Eto­bi­coke et de ren­trer à Toronto.

17-08-01 BLOG SuncatcherÀ ce stade, j’avais très faim. Pas de prob­lème. Un petit tramway m’a amené dans le quartier que nous appelons Lit­tle Tibet et j’adore la cui­sine tibé­taine. Ici, la plu­part des meilleurs restau­rants tibé­tains à Toronto sont con­cen­trés ― Le Lhassa, Nor­ling, Shangrila, La Cui­sine Tibé­taine, Café Tsampa Café, Tashi Delek, La Cui­sine Himalayenne, Le Tibet, Om, Kasthaman­dap. Je choi­sis Loga’s Cor­ner, parce que là je pou­vais com­man­der des momos à emporter, ces déli­cieuses boulettes tibé­taines, avec la sauce mai­son piquante du pro­prié­taire, et les ramener chez moi à manger à loisir. Bien­tôt, j’étais de retour chez moi, les pieds ser­rés, les momos en sauce, sans autre souci que de garder les chats de les attraper.

Lundi, le dernier jour que j’ai pu utiliser le pas­sage, j’ai choisi d’aller vers l’est, dans la par­tie du Toronto mét­ro­pol­i­tain appelée Scar­bor­ough par ses habi­tants, mais «Scar­be­ria» (Scar­bérie, sug­gérant la Sibérie) par les gens du centre-ville. C’est en grande par­tie le pro­duit de l’expansion des ban­lieues après la Sec­onde Guerre mon­di­ale, et est prin­ci­pale­ment sur des ter­res plates, mais à l’extrémité est, il y a une riv­ière majeure, forte­ment boisée, le Rouge; et le long du lac, c’est une longue série de falaises sablon­neuses, nom­mées Les Grands Ecores en français par les explo­rateurs, et aujourd’hui s’appellent Scar­bor­ough Bluffs. Ceux-ci atteignent 90 mètres, dimin­u­ant gradu­elle­ment en hau­teur vers l’est. Ils sont tou­jours érodés, et les maisons et les rues sont main­tenant éloignées de leur bor­dure ― après que quelques-uns ont fini par tomber. Il y a eu une nou­velle éro­sion con­sid­érable cette année, puisque le lac est à son plus haut niveau enreg­istré, et il y a eu plusieurs orages.

Je suis allé à la sta­tion de métro la plus à l’est (Kennedy), puis j’ai pris un bus qui s’est passé lente­ment vers l’est, dans divers quartiers, en pas­sant par de petits «cen­tres com­mer­ci­aux» rem­plis de mag­a­sins tamouls, afghans et caribéens, et finale­ment m’a laissé sur une rue calme. Une courte prom­e­nade m’a con­duit à l’entrée d’un parc. Il avait peu d’ambitions comme parc, car ce n’était rien de plus que l’espace entre les côtés arrière des maisons et le bord de la falaise, des taches aléa­toires de pelouse tondu et de forêt, prin­ci­pale­ment un endroit où les gens du quartier promè­nent leur chien. Les seules per­son­nes que j’ai ren­con­trées fai­saient exacte­ment cela. Leur chien d’arrêt s’est régalé joyeuse­ment et m’a approché pour faire ami. Il y avait de nom­breux signes qui indi­quaient que les gens ne se tenaient pas au bord des falaises. Ils ne sont que d’environ 30 mètres de haut dans cette zone, mais le sol est très lâche, inondé et glis­sant, et cer­tains des pan­neaux d’avertissement n’existent plus parce qu’ils étaient autre­fois situés dans ce qui est main­tenant un espace plein de mou­ettes aéri­ennes . En marchant vers l’est, les taches d’herbe dis­parais­saient, et je suivis un chemin loin­tain à tra­vers les bois. Cela a changé de direc­tion brusque­ment, parce que j’avais atteint un point où un ruis­seau s’était érodé à tra­vers la falaise.23839904

Je suivis cet piste jusqu’à un point où je pou­vais descen­dre le ruis­seau qui me con­duirait vers le rivage. Mais il n’y avait pas de sen­tiers descen­dus, seule­ment un enchevêtrement dense d’arbres, de brosses et de boue. Il faut faire atten­tion ici, car l’ortie est abon­dante dans de tels endroits. L’ortie a une fleur recon­naiss­able au print­emps, mais à cette péri­ode de l’année, on dirait toute autre mau­vaise herbe. Lorsque ses feuilles se brossent con­tre votre peau, des mil­liers de poils micro­scopiques se tien­nent et libèrent de l’histamine et de l’acétylcholine, provo­quant des brûlures et des démangeaisons pen­dant des heures. Il y a aussi beau­coup de bar­dane, de chardon, de poi­son et de sumac ven­imeux. Mais j’ai évité ces périls et je me suis retrouvé en bas, au bord du lac. Il s’approchait du cré­pus­cule, et pen­dant la dernière heure, j’avais entendu un ton­nerre lointain.

À l’est, au-dessus du lac, des nuages som­bres étaient en train d’empiler et de rouler. Rien de la ville n’était vis­i­ble de cette par­tie du rivage, seule­ment les falaises qui traî­naient vers l’ouest et vers l’est et la vaste éten­due du lac. Le lac Ontario est le plus petit des cinq Grands Lacs, mais il s’agit encore de la taille du pays entier de la Slovénie. Bien que, à midi, ses eaux ont brillé leur célèbre bleu lumineux, tel que célébré par Walt Whit­man dans son poème By Blue Ontario’s Shore [Sur la rive de l’Ontario si bleu], mais main­tenant gris foncé, refroidis­sant. En fait, Whit­man a nav­igué par cet endroit même sur le bateau à vapeur Alger­ian, le 27 juil­let 1880. Il a spé­ci­fique­ment men­tionné, dans un jour­nal [3], que le navire se tenait près du rivage, et le bleu bril­lant du lac. Il était un obser­va­teur exacte, remar­quant tou­jours rapi­de­ment et iden­ti­fi­ant une fleur ou un arbre pari­ant, désireux d’évaluer les fer­mes, remar­quer les styles de mai­son et à quel point était bien ou mal amé­nagée une rue, un bâti­ment, un train ou un bateau. Voici quelques extraits:

I am in the midst of hay­mak­ing, and, though but a looker-on, I enjoy it greatly, untir­ingly, day after day. Any hour I hear the sound of scythes sharp­en­ing, or the dis­tant rat­tle of horse-mowers, or see loaded wag­ons, high-piled, slowly wend­ing toward the barns; or, toward sun­down, groups of tan-faced men going from work. [Je suis au milieu de la fenai­son, et, bien que, à l’honneur, je l’apprécie grande­ment, sans relâche, jour après jour. A toute heure, j’entends le bruit de l’affûtage des faux, ou le hochet loin­tain des ton­deuses à cheval, ou voient des wag­ons chargés, empilés, en train de se remon­ter lente­ment vers les granges; Ou, vers le coucher du soleil, des groupes d’hommes bronzés vont du travail.]

To-day we are indeed at the height of it here in Ontario. A muf­fled and musi­cal clang of cow-bells from the grassy wood-edge not far dis­tant. [Aujourd’hui, nous sommes à la hau­teur de cela ici en Ontario. Un clou étouffé et musi­cal de cloches de vache du bord de bois her­beux pas lointain.]

In blos­som now: del­phinium, blue, four feet high, great pro­fu­sion of yellow-red lilies; a yel­low coreopsis-like flower, same as I saw Sept. ’79; wild tansy, weed from 10 to 15 inches high, white blos­som, out in July in Canada, straw-colored hol­ly­hocks, many like roses, oth­ers pure white — beau­ti­ful clus­ters every­where in the thick dense hedge-lines; aro­matic white cedars at evening; the fences, veran­dahs, gables, cov­ered with grapevines, ivies, hon­ey­suck­les… [En fleur main­tenant: del­phinium, bleu, qua­tre pieds de haut, grand prodige de lis jaune-rouge; Une petite fleur de type core­op­sis, comme je l’ai vu le sept .79; Tansy sauvage, mau­vaises herbes de 10 à 15 pouces de haut, en fleurs au mois de juil­let au Canada, des haltères de couleur paille, beau­coup comme des roses, d’autres blancs purs — des amples clans ¬à l’endroit où se trou­vent les denses haies; Cèdres blancs aro­ma­tiques au soir; Les clô­tures, les veran­dada, les pignons, les vignes, les lierre, les chèvrefeuille .…..]

… I spent a long time to-day watch­ing the swal­lows — an hour this forenoon and another hour after­noon. There is a pleas­ant, secluded, close-cropt grassy lawn of a cou­ple of acres or over, flat as a floor and sur­rounded by a flow­ery and bushy hedge, just off the road adjoin­ing the house, — a favorite spot of mine. Over this open grassy area immense num­bers of swal­lows have been sail­ing, dart­ing, cir­cling, and cut­ting large or small 8’s and s’s, close to the ground, for hours to-day. It is evi­dently for fun alto­gether. I never saw any­thing pret­tier — this free swal­low dance. [… J’ai passé un long moment à sur­veiller les hiron­delles — une heure de cette mat­inée et une heure après-midi. Il y a une pelouse her­beuse agréable, isolée et fer­mée de quelques hectares ou plus, plate comme un plancher et entourée d’une haie fleurie et touf­fue, juste à côté de la route attenante à la mai­son, un lieu préféré à moi. Au-dessus de cette zone her­beuse ouverte, d’immenses nom­bres d’hirondelles ont nav­igué, jeté, cir­culé et découpé de grands ou petits 8s et Ss, près du sol, pen­dant des heures à jour. C’est évidem­ment pour l’amusement. Je n’ai jamais rien vu de plus joli — cette danse libérate d’hirondelles.]

I rose this morn­ing at four and look’ed out on the more pure and reful­gent starry show. Right over my head, like a Tree-Universe spread­ing with its orb-apples, — Alde­beran lead­ing the Hyades; Jupiter of amaz­ing lus­tre, soft­ness and vol­ume; and, not far behind, heavy Sat­urn, — both past the merid­ian; the seven sparkling gems of the Pleiades; the full moon, volup­tuous and yel­low, and full of radi­ance, an hour to set­ting in the west. Every­thing so fresh, so still; the deli­cious some­thing there is in early youth, in early dawn —- the spirit, the spring, the feel; the air and light, pre­cur­sors of the untried sun; love, action, forenoon, noon, life — full-fibred, latent with them all. [Je me suis levé ce matin à qua­tre heures et j’ai regardé le spec­ta­cle étoilé si pur et réjouis­sant. Au-dessus de ma tête, comme un arbre-univers se répan­dit avec ses orb-pommes, — Alde­beran dirigeant les Hyades; Jupiter d’éblouissement incroy­able, douceur et vol­ume; Et, pas loin der­rière, lourd Sat­urne, — passé devant le méri­dien; Les sept gemmes pétil­lantes des Pléi­ades; La pleine lune, voluptueuse et jaune, et plein d’éclat, une heure à coucher dans l’ouest. Tout est telle­ment frais, si encore; La déli­cieuse chose qu’il y a au début de la jeunesse, au début de l’aube — l’esprit, le print­emps, la sen­sa­tion; L’air et la lumière, les précurseurs du soleil non éprouvé; L’amour, l’action, le matin, le midi, la vie, la pleine fibre, latente avec tous.]

By Blue Ontario’s Shore était le poème dans lequel Whit­man a exploré les tri­om­phes et les tragédies de son pro­pre pays, les États-Unis, qui sont presque vis­i­bles depuis ce point sur le rivage en forme de ligne mince à l’horizon au sud. Ce que l’on voit n’est pas vrai­ment le rivage actuel de l’État de New York, mais la blancheur de la brume flot­tant au-dessus de la terre. Au fur et à mesure que les yeux se tour­nent vers l’est, le long du lac, l’horizon ne mon­tre que la ligne pointue du ciel qui ren­con­tre l’eau.17-08-01 BLOG Lake 1

By blue Ontario’s shore,
As I mused of these war­like days and of peace return’d, and
the dead that return no more

[Sur la rive de l’Ontario si bleu,
Comme je pen­sais à ces jours guer­ri­ers et à la paix,
Les morts qui ne ren­voient plus]

Le poème est pra­tique­ment schiz­o­phrène dans ses dual­ités non résolues. Il cherche à com­pren­dre, à embrasser et à pren­dre en charge toute la lib­erté et la jeunesse sauvages de son pays et ses trag­iques faiblesses.

O I see flash­ing that this Amer­ica is only you and me,
Its power, weapons, tes­ti­mony, are you and me,
Its crimes, lies, thefts, defec­tions are you and me,

[O Je vois clig­no­tant que cette Amérique n’est que toi et moi,
Son pou­voir, ses armes, ses témoignages, vous et moi,
Ses crimes, vos men­songes, vos vols, vos défec­tions sont vous et moi,]

Surtout, la blessure tou­jours saig­nante de son plus grand et le plus hon­teux mal:

Slav­ery — the mur­der­ous, treach­er­ous con­spir­acy to raise it
upon the ruins of all the rest

[L’esclavage — le com­plot meur­trier et traître pour l’élever
Sur les ruines de tout le reste]

Lorsque Whit­man a vis­ité l’Ontario, il venait à un endroit où l’esclavage avait été aboli en 1793, et les con­flits poli­tiques et soci­aux internes étaient telle­ment apprivoisés qu’ils n’étaient guère au niveau des bagar­res au salles de bar à Brook­lyn, domi­cile de Whit­man. Le pays dont il venait n’était pas en bonne forme. Après l’abattage de la guerre civile, le Parti répub­li­cain a rapi­de­ment épuisé les intérêts des Afro-Américains qu’il avait com­battu pour libérer et l’élite du Sud a pu utiliser le ter­ror­isme sys­té­ma­tique pour les ramener a l’esclavage virtuel, avec les pau­vres blancs ruraux que peu de degrés au-dessus d’eux, alors que tout élé­ment de la démoc­ra­tie était déman­telé. Sur le plan fédéral, quelques grandes entre­prises, con­nues sous le nom de «trusts» [fiducies], avaient con­trôlé presque toute la vie économique, tan­dis qu’un con­clave de financiers et d’industriels riches avait sim­ple­ment mis en place des liq­uid­ités pour acheter le gou­verne­ment. La cor­rup­tion poli­tique et finan­cière était non caché et omniprésente. Les escro­queries au marché bour­sier et de chemin de fer, et la poli­tique de «payer pour jouer» étaient la norme. Les riches se van­taient d’être des super­hommes, et une petite classe de pro­fes­sion­nels prospères leur fai­sait cho­rus. Les 1% les plus riches pos­sé­daient 51% de la pro­priété, tan­dis que les 44% inférieurs représen­taient seule­ment 1,1%. La plu­part des Améri­cains venaient de lut­ter con­tre une dépres­sion sévère qui dura sept ans et venait d’arriver à la reprise l’année où Whit­man était là. Les riches employ­aient des armées privées pour vio­ler les grèves et les villes ont éclaté lors d’émeutes répétées, toutes suiv­ies d’une répres­sion poli­cière impi­toy­able. Les riches pou­vaient tou­jours compter sur leurs politi­ciens achetés pour porter le butin, et sur le racisme enrac­iné, la fer­veur religieuse et la haine des immi­grants (à cette époque prin­ci­pale­ment irlandais et alle­mands) pour tenir compte les «serfs». Les fer­mes du pays étaient tombées sous le con­trôle des élites. Ils avaient dés­espéré­ment besoin des réformes du crédit et des réformes agri­coles, mais ces réformes néces­si­taient aux pau­vres agricul­teurs blancs et aux cul­ti­va­teurs noirs de recon­naître leurs intérêts com­muns et de tra­vailler ensem­ble … quelque chose que les riches pou­vaient facile­ment prévenir en pres­sant des bou­tons de la race , religieux, régionaux et xéno­phobes sur leur con­sole de com­mande. Cepen­dant, le peu­ple améri­cain a fini par sor­tir de ce trou. La prochaine généra­tion a freiné le pou­voir des fiducies. C’est ce qu’on appelle l’Époque de la Réforme. Il faudrait plusieurs cycles de ces «épo­ques de réforme» pour con­stru­ire un pays mod­erne … un tra­vail encore inachevé.

Si tout cela sem­ble fam­i­lier, c’est parce que les États-Unis tra­versent la même chose aujourd’hui. En ce moment, au Canada, nous sommes à l’aise dans la sécu­rité, en obser­vant tout ça avec le même mélange d’horreur, de sym­pa­thie, de répug­nance et de pitié comme avant. Nous avons nos pro­pres prob­lèmes, mais ils pâlis­sent par rap­port au cauchemar que font nos frères améri­cains: un traître, tra­vail­lant pour leurs enne­mis, con­trôlant la Mai­son Blanche; des mil­lions de citoyens qui embrassent insen­sé­ment une idéolo­gie total­i­taire non dif­férente du com­mu­nisme ou du fas­cisme; une pop­u­la­tion facile­ment manip­ulé par le même type de con­sole de con­trôle qui fonc­tion­nait quand Whit­man était assis sur le pont de l’Alge­ria, prob­a­ble­ment en regar­dant atten­tive­ment les hiron­delles volant autour de l’endroit même où j’étais debout 137 ans plus tard.

Car les hiron­delles sont tou­jours là. Ils nichent en grand nom­bre dans la falaise, et se com­por­tent exacte­ment comme Whit­man les a décrit.17-08-01 BLOG Lake 2Le ciel accom­plis­sait la fonc­tion de l’erreur pathé­tique, par laque­lle la nature reflète la con­di­tion poli­tique de la société. Des nuages som­bres roulaient du côté améri­cain, avec des éclairs. Je ne voulais pas être coincé sur une plage inhab­itée au-dessous d’une ligne con­tinue de falaises de 15 kilo­mètres de long, face à un lac dont les orages peu­vent être extrême­ment vio­lents et des vagues extrême­ment élevées. Le chemin que j’avais pris était dif­fi­cile, et le retrait vers le haut aurait été encore plus dif­fi­cile. Alors je mar­chais vers l’est le long de la plage, cher­chant une meilleure sor­tie. J’ai finale­ment trouvé un endroit qui était suff­isam­ment dégagé de végé­ta­tion, et avec appui solide pour me laisser mon­ter, et je suis sorti sur la pro­priété bien entretenue d’une grande sta­tion de traite­ment d’eau futur­iste que je ne savais pas exis­ter. [4] C’était com­plète­ment déserté, bien que la ville rem­plis­sait avec dili­gence une grande éten­due avec des bancs de parc et des tables de pique-nique, et les gar­dait aussi soignés qu’une salle de gom­mage d’hôpital. Il a été appré­cié, cepen­dant, de deux très grands lap­ins à queue de coton. L’un d’entre eux a rapi­de­ment sauté lorsque je me suis approché, mais l’autre se tenait debout, et me regar­dait avec ce mépris aris­to­cra­tique par­ti­c­ulier que j’ai vu dans les kan­gourous sauvages dans l’arrière pays aus­tralien. Peut-être avait-il lu Les Garennes de Water­ship Down dans son temps libre, si on peut dire que les lap­ins ont du temps libre.

J’étais main­tenant dans le cré­pus­cule com­plet, et je n’avais aucune idée de la dis­tance à laque­lle je trou­verais un bus. En dehors de l’installation de fil­tra­tion, il n’y avait qu’une route de ser­vice, vide de cir­cu­la­tion, courant à l’est et à l’ouest, par­al­lèle­ment aux voies fer­rées du CNR. Au-delà, rien de vis­i­ble que d’arbres. La région de Scar­bor­ough con­tenant des êtres humains était quelque part au-delà, mais com­ment faire pour y arriver? Je mar­chais vers l’ouest le long de la route, et je trou­vai enfin une route qui tra­ver­sait le chemin de fer, en direc­tion nord. Il s’agissait d’un pas­sage à niveau, sans rien d’autre que d’un saltire, d’une lumière et d’une barre prim­i­tive. Il faut que ce soit le seul à Toronto mét­ro­pol­i­tain sur une ligne fer­rovi­aire active, et c’est la ligne la plus fréquen­tée du pays, reliant Toronto et Mon­tréal! Rien ne pour­rait avoir plus effi­cace­ment souligné mon préjugé du centre-ville que Scar­bor­ough était un un pays éloignée et primitive.

Néan­moins, je suis rapi­de­ment venu parmis les maisons. Les ado­les­cents jouaient au bas­ket­ball “pick-up” dans la rue avec un cerceau por­tatif Spald­ing installé sur le trot­toir. Ils m’ont dirigé vers le nord où je pou­vais obtenir le bus 86D, des­ti­na­tion le métro. Je pou­vais juste le voir en tour­nant le coin. Mais il a attendu à cette coin par­ti­c­ulière pour mar­quer le temps à son horaire, et j’ai réussi à y courir. Le long de sa route, il a passé une grande épicerie Tamil, alors j’ai sauté du bus pour ramasser du pain naan, un mélange de gâchettes de style Chen­nai [5] et du bois­son froide au gin­gem­bre. Je suis ren­tré chez moi, comme la veille, et je me suis régalé. Il y avait encore quelques momos restants.

L’écriture effec­tué ces deux jours: zéro. Mais je les compterais aussi productifs.

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[1] Eto­bi­coke se prononce “I-to-bi-co”. Le “ke” est silen­cieux. Per­sonne ne sem­ble savoir pourquoi.

[2] Wiidi­gendi­win — Une céré­monie de mariage con­for­mé­ment au Midewi­win, les enseigne­ments religieux tra­di­tion­nels des Ojib­way et des Cris. Ces tra­di­tions sont encore actives, par­fois com­plètes, et par­fois en con­cur­rence avec d’autres religions.

[3] Walt Whitman’s Diary in Canada, with Extracts from Other of His Diaries and Lit­er­ary Note-books — Édité par William Sloane Kennedy. 1904 Boston. Small, May­nard & Cie. J’ai lu l’une des 500 copies orig­i­nales, mais elle a depuis été réim­primée. Whit­man a voy­agé jusqu’au Sague­nay en Québec, mais la plu­part de sa vis­ite au Canada était avec son ami William Bucke, psy­cho­logue pio­nnier et auteur du terme «con­science cos­mique». Leur ami­tié a fait l’objet d’un film, Beau­ti­ful Dream­ers [Beaux rêveurs] (1992) réal­isé par John Kent Har­ri­son et met­tant en vedette Colme Feore et Rip Torn.

[4] L’usine de fil­tra­tion de F.J. Hor­gan a été achevée en 2011. Comme elle se trouve à Scar­bor­ough, les Toron­toniens du centre-ville comme moi n’entendent plus par­ler de ce que l’on entendrait au Népal ou en Bolivie.

[5] L’arachide, le kaki, le kara boondi, le kana rôti, le kara­sev, le murukku, le pakora et l’Oma podi — une com­bi­nai­son beau­coup plus savoureuse que les mélanges Bom­bay et Pun­jabi disponibles dans mon super­marché local.

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